Pire qu’une balafre en plein milieu du visage, une agression sexuelle laisse une cicatrice profonde. Elle est une blessure invisible aux yeux des autres, et pourtant tellement douloureuse pour la victime qui la subira tout au long de sa vie.
Pourtant, même si rien n’effacera jamais la plaie du corps et de l’âme que génère une agression sexuelle, il existe des moyens de mieux vivre avec. Ou plutôt, des moyens qui permettent tout simplement de continuer à vivre…

agression sexuelle

Qu’est-ce qu’une agression sexuelle ?

On estime qu’une femme sur quatre et un homme sur six sont victimes, un jour, d’une agression sexuelle. Attouchements, caresses, exhibition, faveurs sexuelles obtenues par influence ou autorité sur une personne fragile, tout acte sexuel qui se déroule sous la contrainte, la violence, la menace ou encore la surprise sont des agressions sexuelles, qu’il y ait ou non pénétration. Le viol est une agression sexuelle, mais il n’est pas la seule.

Quelles sont les conséquences d’une agression sexuelle ?

Une agression sexuelle agit comme une bombe sur la victime. Une bombe qui, si elle n’explose pas tout de suite, explosera de toute façon un jour ou l’autre en dévastant tout. Les répercussions d’une agression sexuelle sont multiples et difficiles à évaluer. Mais il a été démontré qu’une victime de violence sexuelle consulte davantage de professionnels de la santé qu’une personne lambda, et le nombre d’hospitalisations est plus élevé chez les victimes que chez le reste de la population.

Les conséquences psychologiques seront inévitables : anxiété, angoisse, estime de soi ravagée, dépression, trouble du comportement alimentaire, addiction à la drogue ou à l’alcool, trouble du sommeil, automutilation, tentative de suicide.
Mais le corps, lui aussi, trouvera le moyen d’exprimer sa douleur au travers d’affections diverses : troubles gynécologiques à répétition, troubles gastro-intestinaux, douleurs chroniques, et même maladies auto-immunes, neurologiques ou cancers.
Autre point et des plus insidieux : une victime d’agression sexuelle aura plus de risques d’en être victime une nouvelle fois. Une personne agressée est fragilisée.

Elle porte en elle et sur elle une faille, invisible pour la plupart des gens, mais pas pour les agresseurs en puissance qui sont équipés d’une sorte de radar à victimes. Les chasseurs repèrent malheureusement facilement les proies vulnérables, qui sont pour eux les proies idéales.

Des moyens qui permettent de vivre après

Déculpabiliser

Paradoxal et pourtant… Il faut être une victime pour le comprendre : toutes les personnes ayant subi une agression sexuelle se sentent responsables, voire coupables de ce qui leur est arrivé. Une victime a l’impression d’avoir cherché, d’avoir provoqué, d’avoir mérité son agression. Au bout du compte, elle en arrive à ne pas en vouloir vraiment à son agresseur, mais bien à elle-même. La violence d’une agression sexuelle sur l’estime de soi est telle que la victime va cultiver un profond sentiment de mépris pour elle-même, jusqu’au dégoût le plus total.

Un accompagnement psychologique est indispensable pour permettre à la personne agressée non pas tant de comprendre avec sa tête mais plutôt d’intégrer dans ses tripes que c’est elle la victime, et qu’elle n’est en aucun cas responsable de son agression. Quelle que soit la méthode (psychothérapie, hypnose, thérapie EMDR), restaurer une estime de soi est indispensable à « la vie d’après », et cela passe obligatoirement par l’assimilation de son statut de victime.

S’exprimer

Là encore, ce point peut paraitre paradoxal. Car une victime d’agression sexuelle aura tellement plus envie de se taire voire de nier le drame que d’en parler ! Pourtant, parler de son agression, trouver une façon de l’exprimer, de le « faire sortir » est la seule façon de surmonter et de réduire l’impact de l’agression. Témoigner par la parole, mais aussi par tout autre forme d’expression comme le dessin, la peinture, le chant, l’écriture permet d’affronter ses émotions et de ne plus les subir.

Extérioriser permet aussi de se rendre compte que l’on n’est pas seul, et que l’on peut même aider d’autres victimes d’agressions sexuelles. S’exprimer offre la possibilité d’amorcer un mécanisme qui est celui de la résilience. Et c’est un moteur formidable pour continuer à vivre une vie normale, pleine et riche.

Se reconnecter à son corps

Lorsque l’on est victime d’une agression sexuelle, c’est un peu comme si le corps physique avait été abandonné, agonisant à l’endroit de l’agression. Une victime ne ressent plus son corps, il n’existe plus. Ne reste qu’une vague enveloppe, un peu comme un drap blanc qui recouvre un fantôme. Reprendre une activité physique, ressentir à nouveau son squelette, ses articulations, ses muscles, ses tendons, sa peau permet à la victime de se réapproprier son corps meurtri. De le sentir à nouveau vivant, mobile et fort. Le corps redevient son propre territoire et retrouvera son aptitude à ressentir les sensations jusqu’à pouvoir être à nouveau une source de plaisir. Le travail sur le corps permettra à la victime de renouer avec sa féminité (ou sa virilité) et de retrouver une place qui est la sienne dans la société.

On ne guérit jamais vraiment d’une agression sexuelle, mais il est possible de vivre ensuite avec une estime de soi restaurée et saine, et un mental réconcilié avec le corps…